haiti il faut repenser la diplomatie

Alain - August 12 2008, 6:42 AM

HAITI, IL FAUT REPENSER LA DIPLOMATIE

Par Camille Loty Malebranche

À l'heure où la percée chinoise, multiple, immense, fait trembler le vieux blanc raciste et ses rêves de sempiternel maître du monde; à l'heure où la suprématie de l'homme blanc s'essouffle sinon par ses derniers râles, mais par son exclusivité dominatrice dans l'histoire depuis Hélène et Rome, un petit pays comme Haïti si longtemps victime de marginalisation blanche, s'il se respecte, doit savoir bien jouer en diplomatie et choisir quels doivent être ses partenaires prioritaires.

Il est curieux que Préval ait traîné sa semelle un peu partout dans le monde au nom d'Haïti, mais ait négligé d'intégrer la Chine dans son agenda de routier.

Et dire que ce président s'est toujours voulu de gauche! Gauche d'apparat se réduisant à rencontrer les vrais hommes de gauche comme Fidel et Chavez! Gauche si prêt des bourreaux néolibéraux et condescendants d'Haïti tels les Usa et le Canada.

Pourtant, il faut, tout en renforçant cette bienfaisante coopération avec de vrais amis que sont le Cuba castriste et le Venezuela chavézien, établir des relations bénéfiques et prioritaires avec les puissances émergentes qui ont intérêt à s'ouvrir des espaces de main d'"uvre et de production dans les pays périphériques.

La diplomatie de Préval est hélas, une déception! Lui qui privilégie, mieux que quiconque, les rapports avec les anciens et actuels maîtres de malheur racistes et impérialistes d'Haïti tout au long de l'histoire, en négligeant la Chine et l'Inde.

Par exemple, Préval - malgré la vilenie du discours « sarkozyste » de Dakar (je refuse de dire sarkozyen, vu le vide de pensée du tissu d'aberrations paternalistes et insultantes que fut ledit discours), discours, on s'en doutait, inspiré du bouffi Guaino, le Gobineau sans plume de la France contemporaine - a choisi d'inviter, que dis-je, de supplier Sarkozy par le biais de Rama Yade, de rendre visite à Haïti! Préval qui - d'ailleurs, n'a même pas osé évoquer la restitution de la fausse et scandaleuse dette de l'indépendance volée à Haïti par Paris au dix-neuvième siècle - a donc préférer jouer la carte de la complaisance caressante face à un establishment français patronné par Sarkozy combien méprisant et discriminatif ne serait-ce que dans leur politique d'immigration fondamentalement antiafricaine, antinoire et antipauvre.

Rien que par solidarité avec nos cousins africains, Préval aurait dû faire montre de retenue! Sarkozy, décrié en France par les secteurs progressistes français comme un vulgaire agent de la ploutocratie qui détruit les non nantis et le syndicalisme de son propre pays, est hélas, perçu par l'Haïti de Préval comme un allié! Quelle incohérence! Un ploutocrate aussi extrême, aussi vulgaire peut-il avoir quelque chose de bon à l'égard d'Haïti?

Aristide, quoiqu'on puisse en dise, a fait mieux en ce sens, et de loin! Ça me rappelle le triste fantoche Latortue qui a été lécher en vain les bottes de Chirac pour qu'il vînt au pays. Le syndrome du colonisé est ici patent.

L'esclave non libéré dans sa tête de colonisé infériorisé a besoin d'être fréquenté par le « maître passé et présent » pour se sentir émancipé...

Et dire que nous les avons foutus dehors à coups de fusils et de canon en 1804! Donc un peu de dignité diplomatique Monsieur Préval! Point n'est besoin d'être un larbin diplomatique des blancs.

Aujourd'hui, comme dirigeant, vous choisissez délibérément et masochistement par sécheresse idéelle et manque de dignité politique de nous faire la proie de leur galéjade.

Un peu comme ces médias haïtiens ridicules qui vont chaque semaine demander à des ambassadeurs étrangers comment se porte Haïti, exposant bêtement les propos des ambassadeurs français, étasunien et canadien sur leur portail internet comme des apophtegmes de gouverneurs étrangers de notre pays! C'est là une inversion terrible du sens, car des journalistes haïtiens s'informent d'Haïti auprès d'ambassadeurs, alors que c'est normalement à eux d'informer l'étranger de leur propre pays! Nous devons pressamment décoloniser le comportement général du pays mais surtout sa diplomatie et chercher de vrais partenaires plus portés à coopérer dans un sens profitable à nos besoins économiques, agricoles, agro-industriels, touristiques, technologiques, urbanistes...

Pour un petit pays, la diplomatie est la porte ouverte sur les possibles! Une mauvaise diplomatie ne peut qu'aggraver la situation de délabrement d'Haïti. Jamais le blanc à qui nous donnons toute notre attention et toute la primauté diplomatique, n'a consenti à nous écouter par ses complexes de racisme, sa réminiscence haineuse de la révolution haïtienne de Dessalines, exterminatrice de blancs colons tortionnaires du noir, blancs vindicatifs et haineux dans ses rapports avec le pays...

Jamais, il n'a fait que nous imposer des politiques contreproductives voire autodestructrices pour notre économie et notre statut d'État-Nation.

Alors, pourquoi ne pas s'ouvrir à la Chine qui, aujourd'hui, fait trembler la présence blanche en Afrique par de multiples ouvertures et chances données au continent noir. Sans rompre avec le vieux blanc, nous devons désormais prioriser le jaune, l'indien, le russe voire le pakistanais sur l'échiquier de nos coopérations internationales.

Avec les nouveaux pôles économiques planétaires, les petits pays doivent aménager de nouveaux pôles diplomatiques.

Oublions Taïwan, ce n'est pas un pays mais une contrée chinoise aux capacités très limitées, jadis rebelle de la Chine et qui, aujourd'hui, se rapproche du géant de ses origines.

Notre relation avec Taïwan ne fait qu'entraver ce que nous pourrions tirer de la puissante Chine.

Nous ne devons ni ne pouvons nous permettre d'être traditionnel ou conservateur en diplomatie.

Et vu l'état de décomposition du pays, un changement dans notre coopération extérieure ne peut que nous faire du bien. Nul tournant dans la diplomatie haïtienne ne peut être pire que ce que nous vivons en abandonnant le pays aux trois colons Etats-Unis, France et leur émule néocolonial canadien.

Le Brésil, en plein épanouissement peut passablement coopérer en certains domaines, mais nous devons savoir négocier et non nous pâmer dans la platitude de l'asservi face au mini-géant de l'Amérique ibérique.

Le pari de Michèle Pierre-Louis ou d'un quelconque futur premier ministre devrait être essentiellement de désormais instituer une diplomatie gagnante, là ou notre sentimentalisme, notre amorphisme et notre amateurisme nous ont fait rater tant de choses.

Ce nouveau doit commencer par l'ouverture immédiate du pays à la Chine.

Ouvrir des relations serrées et fondamentales avec l'empire du milieu.

Cela nous permettrait de baisser rapidement le prix du riz, par exemple, et nous gratifierait d'infinis avantages à court, moyen et long termes, que jamais ni les Usa ni le Canada ni la France, ce trio de paternalistes arrogants ne nous accordera jamais.

Connaître ses amis et identifier ses contempteurs, a toujours été le fait de toute diplomatie intelligente dès les sociétés primitives.

Si un pays détruit qui veut se reconstruire tel Haïti, s'enferme dans l'impropriété du traditionnel sentimental en diplomatie, il n'a strictement aucune raison d'être parce que se privant lui-même de toutes ses chances d'émerger de la fange de ses misères auxquelles précisément ses soi disant amis traditionnels - trop ethnocentristes trop ethnocidaires, trop paternalistes, et, disons-le, trop racistes dans leurs prétendues aides, toujours piégées et hyperconditionnées - ont été parties prenantes!

Rappelons-nous le, un pays n'a que faire de l'«amitié » ou du soutien dédaigneux fait dans la mièvrerie faraude des autres.

Un pays, au stade diplomatique, ne doit avoir froidement et rationnellement que des intérêts. À signaler toutefois que ces intérêts que j'évoque, vont de l'économique au solidaire; ce solidaire diplomatique qui d'ailleurs, a déjà vu Haïti aider un pays comme la Lybie à accéder à son indépendance grâce à son décisif vote onusien en 1951!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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